Une saga familiale gourmande et innovante
Une saga familiale gourmande et innovante
Depuis trois générations et sur 75 ans, la famille Taillens évolue sans cesse dans son domaine. À la boulangerie pure, elle a ajouté la pâtisserie et la restauration. Pour constamment surprendre sa clientèle. Quelques points forts de leur histoire.
La scène se déroule en 1976, sur la route de l’Astoria, aux Barzettes. Réto et Guido Taillens frissonnent devant les immenses volumes qui s’étalent devant eux. « Ce n’est pas un laboratoire de boulangerie que nous avons fait construire, mais un manège ! », observe Guido. « Oui, il fallait avoir un vrai grain de folie pour se lancer là-dedans… », s’amuse encore Réto. « À l’époque, je devais cacher les comptes à mon mari en décembre. J’attendais la fin des fêtes pour oser lui en parler ! », se souvient sa femme Marie-Claire. « Que ce soit dans sa taille, les machines utilisées, sa conception, tout avait été intelligemment pensé. Sans ce virage et celui du tea-room, nous ne serions peut-être plus là ! », résume Nicolas Taillens, petit-fils du fondateur de la dynastie. Sur le Haut-Plateau, la saga des Taillens débute en janvier 1943, avec Berthe et Oscar Taillens. Le couple prend les commandes d’une boulangerie où se trouve le seul four électrique du Valais. « Nous habitions au-dessus, la maison était presque entièrement chauffée par lui ! », témoigne Guido.
DE LA RIVE DROITE À LA RIVE GAUCHE
Durant cette Seconde Guerre mondiale, Oscar se plie aux normes de la Confédération qui impose de vendre du pain qui ne soit pas blanc et qui tienne… « Plus tard, nous avons trouvé une vieille pancarte de l’époque qui proclamait : ‹ Du pain dur, c’est dur. Pas de pain, c’est encore plus dur ! › », décrivent Réto et Guido. Leur père, Oscar, meurt en 1963. Avec ses deux fils, Berthe poursuit l’aventure. « Nous sommes passés de la rive droite à la rive gauche », souligne avec humour Réto. À savoir, un déménagement vers un local… quasiment en face. « Le 30 juin 1966, à 19 heures, nous fermions l’ancien magasin. Le 1er juillet, à 6 heures, nous ouvrions le nouveau. Il était quatre fois plus grand et nous n’arrivions pas à tout mettre ce que nous avions dans le précédent ! » Histoire d’anticiper, Réto suit les cours de cafetier et garde une patente sous le coude. Il l’utilisera en novembre 1987, dès l’ouverture de leur tea-room. Entre-temps, les Taillens sautent le pas et inaugurent une seconde boulangerie, à Crans, en 1970.
UNE RELATION DIFFÉRENTE
En 2018, la calculette temporelle s’arrête brièvement aux 75 ans de l’entreprise Taillens. Quel que soit l’établissement, le client rencontre un membre de la famille à son service. « Il ne vient pas dans une boulangerie, il vient chez nous, chez Taillens, d’où l’importance de la présence ! Nous reconnaissons les touristes au bout de quelques jours. Il se noue une relation différente… », militent tour à tour Réto et Nicolas. Sur sa arte, Taillens affiche une trentaine de pains et une quarantaine de pâtisseries. « Il s’agit de chiffres, ils évoluent. Nous misons sur la qualité et une palette d’activités sans cesse renouvelée », prône Nicolas. Des gros progrès technologiques, notamment avec la chambre de fermentation, déplacent les horaires et raccourcissent les nuits. « Nous avons des aurores avancées », décrit Réto. Ce qui permet de ne pas s’endormir sur des lauriers, des récompenses ou des labels. Défis relevés si l’on en juge par le nombre récolté. « Le label ‹ Valais Excellence ›, en 2010, nous a permis de nous remettre en question, de nous professionnaliser », juge Nicolas. « Ce n’était pas évident de mettre un organigramme sur du papier », précise sa sœur, Sylvie. Dans cette expansion se pose aussi la question de la relève. « Lorsque Nicolas est parti à l’université nous nous sommes dit qu’il était fini pour la boulangerie ! », dit Réto. Fausse alerte ! Sylvie, son mari Pasquale et Nicolas n’ont pas lâché le gouvernail. Qu’en sera-t-il pour Giada et Antoine, les arrière-petits-enfants d’Oscar ? Le virus se transmet-il sur quatre générations ? « Nous devons surprendre, il n’y a rien de pire que des gens qui se lassent », glisse Nicolas, dans leur tea-room-boulangerie de Montana, celui qu’ils viennent de totalement rénover.
Légende photo: Trois générations de Taillens réunies sur une seule photographie. ©Luciano Miglionico
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1943
Berthe et Oscar Taillens reprennent une boulangerie dès 1943. ©DR
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1963
La seconde génération des Taillens met très vite la main à la pâte et dans la farine. ©DR
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2018
Nicolas Taillens : « Sans le virage du laboratoire en 1976 et celui du tea-room en 1987, nous ne serions peut-être plus là ! » ©Miglionico