Le combat d’une vie contre la douleur
Le combat d’une vie contre la douleur
C’est l’une des grandes figures de l’anesthésie. Le professeur docteur Alain Borgeat a consacré sa vie à soulager la douleur des patients. Pionnier de sa discipline, le résident de Crans est reconnu dans le monde pour le résultat de ses recherches.
Fils de dentiste, le jeune Alain fréquentait le milieu médical, d’où le choix naturel des études de médecine. «Mais, enfant, je rêvais de devenir champion de ski ou de golf», souligne-t-il. Une passion qui l’a amené à intégrer l’équipe suisse junior de golf. À 16 ans, il a même remporté le «Mémorial Olivier Barras», (score net), principal tournoi du club de Crans après l’Open… Cet esprit de compétition, forgé dans le sport, a guidé toute sa carrière. En 2006, il devient le chef de la chaire d’anesthésie locorégionale, créée pour lui, à la Faculté de médecine de Zurich. Avec son équipe de médecins et infirmières, il perfectionne les méthodes d’anesthésie et introduit l’utilisation des cathéters périneuraux pour contrôler la douleur après chirurgie. Une innovation mondiale largement appliquée par la suite. Ces succès permettent à son service de rafler régulièrement les Premiers prix de l’Association européenne d’anesthésie. «Les couloirs de notre clinique étaient tapissés de diplômes, ce qui suscitait certaines jalousies…», se souvient le Dr Borgeat dont le team était qualifié de «Federer du Grand Chelem d’anesthésie !»
«NOBEL» D’ANESTHÉSIE
Le médecin a fait le choix de l’anesthésie pour son côté technique, mais aussi pour le champ de recherche académique sur les maladies. En 2018, à l’orée de sa retraite, le Dr Borgeat reçoit le prix Gaston Labat, qui correspond à un «Prix Nobel» de l’anesthésie locorégionale. C’est le couronnement de la carrière pour ce premier Suisse et même premier francophone à décrocher cette prestigieuse distinction ! Une récompense qui repose sur trois piliers : travail clinique, recherche et enseignement. Rigueur et hautes exigences caractérisent ce professeur redouté par ses étudiants. «Il faut viser l’excellence que l’on atteint que par la gestion minutieuse des détails…», insiste-t-il.
GRANDE RESPONSABILITÉ
La première anesthésie remonte à 1846 sous éther. Puis on utilisa la cocaïne. Ainsi, un préparateur en pharmacie italien a créé une potion tonique à base de bordeaux et de feuille de coca. Ce vin Mariani fut la boisson favorite du pape Léon XIII dont on dit qu’il était toujours de bonne humeur !
Les premières interventions au début du siècle passé ont connu de nombreux échecs : un décès pour 5000 opérations, contre un décès sur 500 000 actuellement. On mesure les progrès. Mais l’essor de cette discipline est relativement récent puisque la première chaire universitaire d’anesthésie européenne date de 1948.
Dans l’esprit du public, c’est le chirurgien qui tient la vedette lors des opérations. Image confortée par les séries télévisées. Or, l’anesthésiste joue un rôle capital puisque
nous tenons la vie du patient entre nos mains.
Notre fonction n’est pas estimée à sa juste valeur», regrette le professeur qui œuvre encore dans le domaine de la recherche. Il collabore à un projet de création d’un MyoPatch implanté in situ qui maîtrise la douleur, favorise la cicatrisation et réduit le saignement post-opératoire. De quoi permettre au patient un retour très rapide à la maison après l’opération. Il poursuit ainsi le combat d’une vie contre la souffrance.
Légende photo : Avec son équipe, le Dr Alain Borgeat a propulsé la clinique de Balgrist (ZH) à la pointe de la recherche européenne en anesthésie. © Luciano Miglionico