Authentique et ouvert à vos envies
Authentique et ouvert à vos envies
Comment transformer ses faiblesses en une force ? C’est tout l’art du Château de Vaas qui multiplie les idées et les initiatives pour attirer son public. Malgré les obstacles, la conviction reste plus forte que jamais.
Face aux maux, Dobra Nanchen – gérante du Château de Vaas – sait utiliser les justes mots. « Le Château n’est pas en pause », proclame la newsletter de novembre 2020. « Il est peut-être fermé au public, mais ouvert à toutes vos envies », appuie-t-elle, mettant en valeur les ventes de vin à l’emporter. « Jamais notre équipe ne baissera les bras ! » Le Château de Vaas a dû et pu surmonter bien d’autres obstacles. Il a tenu malgré les travaux sur la route de Vaas qui ne facilitaient guère l’accès aux lieux. Il est passé par des échafaudages qui cernaient le bâtiment pour restaurer les peintures. « C’était un mal nécessaire », précise Dobra Nanchen.
Elle, qui est dans l’aventure depuis 2006 déjà, possède une foi inaltérable en ce lieu unique. « Le Château reste pour moi un objet avec un potentiel extraordinaire. Il y a des contraintes que nous avons dû déjouer. Mais nous avons tenu malgré ces gros cailloux posés sur la route. Nous les avons enjambés et nous sommes toujours là ! », constate-t-elle. On l’entend, elle n’est pas une dame à se contenter de déclarations d’intentions. Elle agit.
DES OFFRES À PROFUSION
En août 2020, une autre dame entre en action. Joanna Vanay retravaille le marketing dans la ligne graphique et l’envoi d’une newsletter plus étoffée. « Il y a des rubriques qui mettent en avant la diversité de notre offre. Que ce soit notre œnothèque, notre bâtisse historique ou le Cornalin en lui-même. Notre souhait est aussi d’être plus présents sur les réseaux. Nous agissons au mieux en fonction de nos moyens », détaille Joanna Vanay. Sur place, la carte joue la multiplicité. « Nous avons mis sur pied un forfait dégustation avec cinq onces de vin et une assiette coupe-faim. C’est simple et cela fonctionne. »
« Fonctionner » est le verbe adéquat. Les raclettes trois fromages (deux vaches, une brebis) attirent leurs fidèles les jeudis et vendredis. Le Château a aussi prévu d’initier des dimanches particuliers où les adultes sont pris en charge à l’œnothèque et les enfants (de 4 à 10 ans, huit au maximum) s’adonnent à des activités basées sur la vigne, le patrimoine, les contes…
« Il s’agit d’un événement prévu le deuxième et le quatrième dimanche de chaque mois quelle que soit la saison. Il peut se dérouler autant au Château que chez nos partenaires… », dit Dobra.
Cet automne, le Château de Vaas s’est glissé dans le Marathon des Saveurs : 660 personnes accueillies. « Cela a été une sacrée vitrine pour nous, nous avons eu une chance folle de pouvoir le faire ! », commente Dobra. La mythique brisolée des lieux a cartonné : 102 personnes ont pu la savourer et 103 ont dû y renoncer à cause des mesures entourant la pandémie. Auparavant, une exposition de poterie raku signée Béatrice Kamerzin a obtenu « un énorme succès ». « Il était même question d’en organiser une seconde sur trois jours avec les travaux d’élèves souffrant de la sclérose en plaques. »
ATOUTS À VALORISER
Le Château programme d’autres dégustations autour du whisky ou des conférences évoquant le monde viticole. Des idées qui n’ont pas eu les faveurs du mouvementé calendrier automnal et qui sont reportées au printemps 2021.
« Nous avons prévu des manifestations qui ciblent autant le grand public qu’une audience plus pointue. » Dobra Nanchen a aussi donné une impulsion à certains événements musicaux. « Nous avons eu un concert avec clavecin et harpe. Les gens écoutaient les yeux fermés et ils sont sortis transfigurés. » La magie des lieux opère avec, malheureusement, une audience limitée. « Notre plus gros inconvénient est notre plus bel atout. Nous sommes petits, charmants… et notre plus grande salle ne peut accueillir plus de 30 personnes. »
En ce moment, toujours en quête de diversité, un dossier évalue la faisabilité d’un Escape Game au Château… Comme dans les arts martiaux, le Château de Vaas transforme ses faiblesses en force. Dobra Nanchen et son équipe sont en passe de devenir ceintures noires.
Légende photo : Les amoureux du Château de Vaas, propriété de la Commune de Lens, peuvent soutenir les lieux en devenant membres de l’Association ou en adhérant au club VIP. © Luciano Miglionico
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Une question de conviction
« Nous sommes au milieu de nulle part. Le public doit trouver chez nous ce qu’il ne trouve pas ailleurs. Et il le trouve ! », militent Joanna Vanay et Dobra Nanchen.
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Un cépage de prédilection
Depuis sa construction entre le XVe et le XVIe siècle, le Château a connu plusieurs réfections dès 1975. Celle de 2013, intérieure, a permis d’y installer un espace d'exposition dédié au Cornalin.
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Du choix en dégustation
Le Château de Vaas ne manque pas de partenaires. Les lieux polarisent la production d’une vingtaine de caves avec 120 crus proposés à la dégustation sur place ou en vente à l’emporter.
Entre histoire et légende
Tour ou Château de Vaas, les lieux se montrèrent timides dans les journaux valaisans jusqu’au début des années 2000 comme l’attestent les archives compilées par Joël Cerutti. Cet endroit unique et authentique possède même un fantôme attitré si on en croit une jolie légende.
À Vaas, qu’on l’appelle Tour ou Château, l’endroit reste comme en retrait dans les colonnes des journaux. Les moteurs de recherche s’arrêtent au 6 février 1957 pour mentionner une première fois le Château de Vaas. Il figure dans un grand article du Nouvelliste dédié aux richesses de la commune de Lens.

Plus ou moins à la même époque, le guide La Suisse inconnue (édité vers 1960 par le TCS et Shell) lui consacre deux photos. Les légendes parlent de «l’ancienne auberge de Vas» (sic) et souligne «une abondante décoration polychrome» et notamment «des frises à scènes de chasse pleines de vie». Le livre ne passe pas à côté de la fameuse phrase liée à l’avertissement que recevaient les visiteurs : «Qui n’aura d’hargien, ni crédit, ni abit de laine, qu’il hale boire à la fontaine !» Lu à haute voix, vous comprenez sans traduction l’ancien français…
Le Nouvelliste du 6 novembre 1965 souligne que le Château «possède le plus grand nombre de fresques de toutes les maisons du Valais». Même si on ne voit pas grand-chose sur la photo qui accompagne ce court papier. On y apprend que le Heimatschutz devrait prendre en main «la conservation de ce monument valaisan».
Le Heimatschutz revient dans une édition du Journal de Sierre (14 juin 1968) où le rapport annuel y est publié sans ajout journalistique. Une photo du Château y est associée mais le texte n’en fait pas mention. On passe aux choses plus sérieuses. Le 13 novembre 1973 toujours, le Journal de Sierre signale que les murs ont été achetés par la commune de Lens pour 70 000 francs.
Dès lors, la résurrection commence et passe par des premiers travaux de restauration. Le Nouvelliste du 14 août 1975 s’en fait l’écho. Et quelques mois plus tard, le 23 décembre 1975, il en signale la fin… Le rédacteur reproduit la fameuse inscription avec d’autres mots, semble-t-il plus rustiques : «Qui ne avrad or argen ni crédit ni abit de lanne quil hale boiere al la fontanne». Toujours déclamé à haute voix, le sens reste identique. Le mieux serait d’aller sur place pour en comparer les versions, non ?
En 1996, les Éditions à la Carte publiaient «Récits, contes et légendes du Grand Lens». Un des textes, dont voici un extrait, narre les turpitudes d’un acheteur du château confronté à un fantôme tenace:
«… Le lendemain, pensant avoir enfin chassé les mauvais esprits, Bocquillard se coucha sans aucune crainte. Mais il n’avait pas éteint sa lumière que le spectre reparut avec son cortège de dragons, de chouettes, de chevaliers et de hallebardiers dansants. Le pauvre homme ralluma son crésus, reprit son rosaire et recommença prières et litanies. Tout s’évanouit aussitôt comme un jet de vapeur. Cette situation intenable exigeait d’avoir recours aux moyens suprêmes. Bocquillard résolut donc d’aller confier son cas au Prieur de Lens, et de lui demander de venir conjurer les mauvais esprits…»
Vous retrouverez l’intégralité de cette légende sur le site www.lasuisseraconte.ch/conte/le-revenant-du-chateau-de-vaas/



